Enquête Paris-Sportifs : l’envers du décor

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Persuadé de la victoire de votre équipe favorite ce week-end contre un adversaire plutôt abordable, vous foncez au tabac le plus proche pour prendre connaissance des côtes. 3 pour un succès de vos couleurs, vous êtes alors séduit et décidez de mettre 100€. Gains triplés, vous imaginez déjà la nouvelle console de jeux qui ornera parfaitement votre salon une fois votre argent récupéré. Sauf que finalement, et contre toute attente, votre club s’incline. Dégouté, vous n’avez plus qu’un but : vous refaire.

C’est avec un scénario similaire qu’une partie des milliers de parieurs ont commencé leur difficile quète vers la « richesse ». Je vais donc essayer de comprendre, analyser, décortiquer ce milieu sans aucune pitié. Décryptage.

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2 avril 2013, il est 10 heures et demie passées lorsque le Paris Saint-Germain arrache un match nul (2-2) contre l’ogre barcelonais. Cette rencontre aura sans doute fait des heureux, un peu, et des déçus, surtout. Des déçus il y en a eu, c’est certain puisque la Française des jeux a totalisé 4 millions d’euros de mise sur ce seul match ! Un chiffre ahurissant et assez scotchant. Mais comment des milliers de personnes, un beau soir d’avril, se sont décidés à mettre en jeu leur propre argent (quitte à le perdre, rappelons le) sur ce match si incertain. J’y ai alors cherché des débuts de réponses.

Première raison, la plus évidente il me semble, un éventuel bénéfice. Bien évidemment, si les gens prennent la peine de parier, c’est avant tout pour faire des gains derrière. Pas sûr que sans l’attrait de l’argent tout le monde irait parier… Lié à cela certains jouent pour arrondir leur fins de mois ou tout simplement se faire un peu d’argent en plus. C’est sûr qu’un petit complément hebdomadaire ou journalier ne sera pas de refus.

Sans transition, certains parieurs jouent par simple plaisir. Par désir de nouvelles d’émotions, d’une certaine adrénaline pendant les matches. Grâce à un simple pari, des parieurs ont le don de rendre une rencontre terriblement pauvre sur le plan sportif en une soirée plus attrayante. Il est sûr que les émotions varient en fonction de la mise jouée, mais du simple euro aux centaines d’euros, le joueur vit la chose complètement différemment.

Mais derrière cette face utopique des paris sportifs, il existe toutefois un autre visage, bien plus sombre et beaucoup moins sympathique. Il n’est pas anodin si toutes les pubs de jeux d’argent sont accompagnées d’un « restez maître de vos limites ». Et oui, même s’ils peuvent être grandement bénéfiques pour certains, pour d’autres ils sont synonymes de naufrages. Surendettement, isolement… La vie peut vite prendre un autre tournant. Pour éviter une multiplication des drames, le centre de référence sur le jeu excessif (ou CRJE) a été crée pour dénombrer et prendre en charge des joueurs compulsifs. D’après son enquête, « l’accro » type a environ 40 ans et joue la plupart du temps sur internet. Elle indique par-ailleurs qu’il est plus facile de tomber addict en jouant sur internet. L’Arjel de son côté donne aussi un compte-rendu implacable : elle annonce que ceux qui jouent le plus, sont ceux qui gagnent le moins. 58% des parieurs gagnent moins de 3000€/mois.

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Mais à côté de ça, il y’a aussi – et les médias l’oublient un peu trop – des personnes tout à fait raisonnables qui savent parfaitement se gérer et gérer leur capital. Dans son enquête, l’Arjel (autorité de régulation des jeux en ligne) annonce que le profil moyen du joueur est un homme de 36 ans, diplomé d’un BAC + 2, qui joue moins de 50 euros par mois. Il habite généralement dans le Sud-Est de la France mais aussi en région parisienne. Évidemment, cette enquête ne concerne que les jeux en ligne, mais elle permet tout de même de faire un tour d’horizon sur le comportement des parieurs. Elle nous apprend également que 7 parieurs sur 10 ne dépassent jamais les 100 euros de mise par mois. Pour preuve, un serveur de 24 nous avouait à la sortie du tabac que « les paris sportifs lui permettait d’arrondir ses fins de mois » même si « on n’est pas toujours vainqueur à la fin » et qu’il savait rester responsable en ne misant que « très peu par mois » (environ 30 euros maximum). La plupart du temps, il joue sur ses compétitions favorites. Surtout du football et du tennis. Pas très original si l’on suit l’étude de l’Arjel (voir graphique ci-dessous) puisque ce sont le ballon rond, le tennis et dans une moindre mesure, le basket, qui sont plébiscités par les joueurs.

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Alors que la crise bat de son plein, d’autres ont opté pour une méthode quelque peu différente : vivre uniquement des revenus des paris sportifs. C’est le cas de Maxence, parieur professionnel avec qui j’ai pris contact. Depuis un an, il parie quotidiennement dans le but de gagner « entre 10000 et 15000 € avant la fin de l’année« . Des chiffres qui laissent rêveur, mais qui masquent le deuxième côté dont je vous ai parlé plus haut. Il confiait que « jouer était très dur psychologiquement » et que par moments, « il sature« . Des contraintes mentales qui ne le poussera sans doute pas à arrêter un jour puisque « malgré le stress et l’usure, c’est un super complément de revenu automatisé ».

Sauf que malheureusement, tous les joueurs ne raisonnent pas comme Maxence. Il est d’ailleurs clairement dit que les jeux d’argent poussent facilement à la dépression et parfois – dans le pire des cas – au suicide. C’est une histoire similaire qui a touché un jeune homme de 23 ans qui, ne pouvant payer ses dettes de 150 000€, s’est donné la mort. Mais si les particuliers souffrent parfois d’une addiction aux jeux, les sites de paris quant à eux, se frottent les mains. Profitant d’une année extrêmement riche en événements sportifs (Euro, JO), les mises de paris sportifs ont grimpé de quasiment 20% l’année dernière ! Les sites totalisent par-ailleurs environ 10% de joueurs actifs supplémentaire par rapport à l’année précédente. Même si l’Arjel n’avance aucun chiffre, son président Jean-François Vilotte, évoque avec certitude « un effet PSG » sur cette hausse.
En retirant les gains des joueurs, le chiffre d’affaires des opérateurs s’élève donc en 2012 à prêt de 700 millions d’euros. Là aussi, ce chiffre est en hausse, cette fois de 4%. L’état et la Sécurité Sociale ont aussi été gagnants de cette progression puisqu’ils ont respectivement touché 245 et 43 millions d’euros.

La FDJ (Française des jeux) a également marché sur l’eau en 2012. Un chiffre d’affaires exceptionnel en hausse de plus de 6% par rapport à 2011. En ce qui concerne les paris sportifs dans les points de ventes, ils sont également en forte progression (près de 30% !) et totalisent 1,37 milliards d’euros de recettes.

Tous ces chiffres laissent ainsi songeur. Certaines arnaques se développent donc de plus en plus en profitant de cet effet de mode. Même si l’arnaque aux faux sites de jeux est connue, celle des pages de « conseils » l’est beaucoup moins. En effet, des pages ou sites se spécialisent dans la modification de leurs tickets de jeux grâce à l’utilisation de logiciels tels que Photoshop. Ainsi, le particulier pense être tombé sur « la page parfaite » aux « pronostics infaillibles » et décide donc de s’abonner. Une fidélisation moyennant une dizaine d’euros environ, pour avoir accès à des pronostics incroyables, d’après l’intitulé de l’offre. En réalité, les prévisions de ces pages ne sont pas plus extraordinaires que d’autres, mais la personne est piégée. Mais là aussi, ne généralisez pas, d’autres sites se montrent très précieux dans leurs conseils, permettant à certains de toucher quelques euros. Toutefois, le meilleur moyen de ne pas se faire avoir, c’est de jouer seul, et c’est plus marrant.

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C’est à travers cette enquête que j’ai voulu retranscrire de la meilleure façon possible l’envers du décor et les facettes des paris sportifs. Parfois géniaux, les paris peuvent rapidement se transformer en mirage d’une vie riche et heureuse en cas d’écart. N’hésitez surtout pas à partager vos expériences en commentant cet article pour enrichir le plus possible cette enquête.

Tom

@MassonTom1

 

3 réflexions sur “Enquête Paris-Sportifs : l’envers du décor

  1. Mael dit :

    Salut Tom,

    Article très intéressant!

    Il faut effectivement faire attention quand on fait des paris sportifs. En parcourant les sites et forums sur internet, on découvre de bons conseils à respecter afin de ne pas faire n’importe quoi, de gérer correctement son capital et d’essayer de gagner un peu d’argent au final!

    Je ne connaissais pas l’arnaque avec les modifications sous photoshop… Mais ça ne m’étonne pas!

    Ce que je fais sur mon blog, pour « certifier » mes paris, c’est de mettre une copie d’écran de mon ticket de jeu sur le bookmaker, AVANT le match, puis après le match, comme ça on est sûr que je ne modifie rien.

    D’ailleurs, tous mes paris ne sont pas bons 🙂

    à+

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