Un an après l’Euro 2016, d’autres échecs sont à redouter pour les bleus

Un an jour pour jour après la terrible désillusion vécue en finale de l’Euro 2016 face au Portugal, la douloureuse plaie ouverte par Eder ce soir-là, n’est toujours pas cicatrisée. Pire, aucune progression ne semble affichée. Et comme vous en avez l’habitude, c’est après Didier la Desch que j’en ai… Papier que je vous avais promis il y a tout juste un mois, le voici enfin…

Qu’on soit bien clairs. Cette équipe de France, ou en tout cas le vivier de sélectionnés et sélectionnables qui sont à disposition de cette équipe aujourd’hui, est très probablement une des plus talentueuses de ces dix dernières années. Mais, problème, et pas des moindres, cette équipe, comme pendant l’Euro 2016, les matchs qui l’ont précédé, et les matchs qui l’ont suivi: ce collectif est incapable de produire le moindre jeu, et encore moins de le prendre à son compte.

Pour ce papier, j’ai essayé de plus ou moins m’appuyer sur le dernier match, la dernière liste, contre la Suède le 9 juin dernier. Mais aussi sur la compétition dans son ensemble, car un an après cette malheureuse finale perdue – et pas par malchance -, rien n’a vraiment changé. (Je mets, pour l’instant, entre parenthèse l’amical face à l’Angleterre).

Une équipe qui ne change pas, ou presque

 

La composition alignée en finale face au Portugal

Une situation à en faire désespérer plus d’un… Titulariser des joueurs aux performances en club douteuses, aux formes du moment pas toujours équitables: la jurisprudence d’une équipe qui va en finale de l’Euro a encore quelques jours devant elle. Un étonnement qu’on pourrait même élargir à la liste dans son ensemble. Au nom « de la vie de groupe », Deschamps a toujours autant de mal à retirer des joueurs au profit de nouveaux… Comment se fait-il que Lacazette n’ait joué aucune minute avec les bleus cette saison, comment est-il possible que les pépites monégasques ait mis autant de temps à être appelés ? Bref, passons. Résultats, seuls Mendy, qui remplace un Evra en fin de course, Sidibé aligné à droite en lieu et place de Sagna et Varane titularisé aux détriments de Umtiti sont des changements à noter. Une bonne raison de plus, pour moi, de faire un parallèle entre ces deux matchs à un an d’intervalle.

 

Une solidité physique et une fébrilité technique, au nom de quoi?

La frustration peut-être grande en voyant le talent potentiel d’une telle sélection et les prestations qu’elles livrent. Elle est même immense, en réalité. Comme avec toutes ses équipes précédentes, Deschamps s’appuie depuis 2012 sur une équipe d’abord solide et physique, plutôt que soit créative et technique. La présence de Sissoko, Matuidi ou Giroud – entre autres – en finale contre le Portugal ne sont pas dûes au hasard. Réitérée face à la Suède, cette compo n’avait pas vocation non plus à faire des étincelles. Le tout était de jouer pour ne pas perdre, surtout. Le match de tête du groupe, la rencontre la plus importante de 2017, voyez-vous, n’allez pas jouer pour gagner au risque de s’incliner ! La présence de joueurs physiques, athlétiques et endurants participent et renforcement cette idée. Conséquence, et problème, les décalages sont moins nombreux, les différences beaucoup plus rares. Jouer entre les lignes est compliqué, déplacer des blocs resserrés (comme ceux du Portugal ou de la Suède) tient du miracle.

Au moins, ce qu’il y a de pratique en alignant les mêmes équipes, c’est que le contenu des matchs est assez similaire et les analyses plus faciles à faire. Dans ce 4-2-3-1 toujours aussi pourri, les français ont à nouveau abusé des centres face à la Suède. La quasi totalité des occasions (y compris le but de Giroud) sont venues d’un centre, la plupart du temps de Mendy, Sidibé étant à nouveau bien trop en dessous.

J’aurais pu insérer 10 fois la même image. Mendy est abandonné par Payet, qui aurait pu être la solution aux décalages, à des permutations qui n’ont jamais eu lieu. Où sont Pogba et Matuidi, sinon arrêtés et bien trop bas ? Les 4 joueurs offensifs sont dans la surface, comment est-ce possible? Et je vous invite à regarder les deux matchs dans leur intégralité. Cette situation est arrivée 90% du temps. Le reste étant des occasions… sur coups de pieds arrêtés… A priori pas de risque de perdre lorsqu’on prend si peu de risques, qu’on casse si peu de lignes… Et pourtant. Pareil contre le Portugal. Je suis certain que vous avez encore en mémoires les tentatives – de la tête – de Giroud et Griezmann, venues… de centres des latéraux. 

Des exploits individuels au détriment du jeu

Alors oui, encore une fois, beaucoup s’arrêtent au simple fait qu’une équipe qui arrive en finale, en sortant les champions du monde en titre, a trouvé la clé. Mais à nouveau, regardez le contenu des matchs des bleus à l’Euro. Roumanie, Albanie, Irlande… Combien de matchs gagnés sur le fil ou miraculeusement sur des différences et des exploits individuels, une frappe de loin, un coup de pieds arrêté ? Jouer pour ne pas perdre avant de jouer pour gagner, pourquoi pas, mais cela ne fonctionne pas à chaque fois. La France fêterait aujourd’hui son sacre à l’Euro si cela été le cas.

En attendant, la France n’a toujours pas d’identité, toujours pas de projet de jeu… Quel est ce coach « exceptionnel » qui est incapable de faire jouer ensemble des joueurs que toute la planète s’arrache ? Même le Pays de Galles a montré des prestations plus régulières et homogènes que la France à l’Euro. L’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, pourquoi ces équipes – qui par-ailleurs gagnent (!) – parviennent-elles à effectuer ce qu’une des meilleures générations du moment est incapable ?

La notion de progression est également importante. Del Bosque, Low, Conte, même sans avoir leur équipe au quotidien, ont réussi à allier identité et progression. Ces trois-là, ont presque toujours pu tirer le meilleur de leurs joueurs, aussi bons soient-ils. Où est la progression individuelle et collective de Deschamps depuis sa prise de fonction en 2012 ? Poser la question est certainement – déjà – un début de réponse.

Et le plus effrayant, c’est que ce staff n’a jamais paru à la hauteur de l’évènement. A-t-il vraiment analysé les équipes affrontées ? La question se pose tant les équipes alignées et le jeu produit ont paru étranges. Et que dire des consignes le soir de la finale… « Restez en place »… Les occasions tombent-elle du ciel ? Si on n’invite pas des joueurs à se lâcher le soir d’une finale de Coupe d’Europe, qui plus est à domicile, quand le faire ? Pour quelles émotions ces mecs-là font ce métier ?

Attention, le danger guette

Mais rassurez-vous, je n’en ai pas qu’après Deschamps. Si pour moi il a fait son temps, ce n’est apparemment pas l’avis du président Le Graet, qui a assuré « qu’en cas de qualification pour la Coupe du Monde 2018 », Deschamps serait reconduit… Je ne comprends pas comment ce coach bénéficie d’une telle protection, d’une pareille bienveillance de la part des footeux et de ceux qui l’observent. C’est étrange puisqu’elle ne profite à personne sinon à lui-même. L’immunité de champion du monde 98, sans doute. Mais ce n’est pas tout, quand on parle de plan de jeu, d’identité, cela commence dès les espoirs. Et qui vient d’être nommé par ce même Président Le Graet ? Sylvain Rippoll, l’entraîneur qui a coulé Lorient et qui n’a rien montré d’autres que sa chevelure et ses chemises blanches à la presse. Soyons sérieux. Ce président de la FFF est irresponsable. Ou aveugle. Ou borné. Ou tout à la fois.

La France méritait d’être punie en Suède, comme elle ne méritait pas forcément d’être championne d’Europe pour la simple raison que le Portugal ait attrapé deux fois les prolongations et la troisième place de son groupe. Ce n’est pas ça la vision que j’ai du foot. La France avait un statut de favori a assumé, elle a échoué avec un coach dépassé lors de la totalité de la compétition. C’est aussi simple que ça. Et les responsabilités doivent être prises. Qu’elle se serve de ces déconvenues comme des rappels à l’ordre. Tout n’est pas dû à cette équipe, sous prétexte que Griezmann and co ont ému un pays tout entier en juin dernier.

 

 

Pas d’inquiétude, la France ira bien à la Coupe du Monde. A défaut de produire du jeu, les français ont suffisamment de talent pour parvenir à faire renverser les matchs en leur faveur. Mais une nouvelle fois, sans remise en question, le remake du scénario face au Portugal ne tient pas de la science-fiction une fois le mondial en Russie lancé. Et c’est déjà dans un an, cela urge.

Que Deschamps ose, se lâche. Qu’il abandonne ses idéaux physiques et solides, qu’il laisse la place à la fougue et à l’envie de joueurs qui n’attendant désormais que ça. Qu’on mette ce 4-2-3-1 au placard, que Matuidi et Sissoko, d’abord, l’accompagnent. Le match amical face aux anglais est un motif d’espoir, une raison de rêver. La nouvelle née génération Mbappé a montré davantage en 90 minutes que la génération 87 en 10 ans, comme je l’ai vu passer sur Twitter. On est en plein dedans. Deschamps a les clés en main. L’immobilisme et le manque de prise de risque qui règne, du haut de la fédération au staff technique, depuis trop longtemps ne peut se permettre de risquer de transformer les espoirs d’une génération ultra talentueuse en gâchis footballistique historique. Ce serait le pire depuis une décennie. Et ce serait tout bonnement inacceptable.

D’ici-là, je vous souhaite un bel été.

Tom MASSON

@MassonTom1

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