Neymar: le calice jusqu’à la lie

Tapage médiatique, réactions hypocrites à outrance, délires financiers et moralisateurs de pacotilles, qu’elle qu’en soit l’issue, l’affaire Neymar est en passe de devenir l’une des séries estivales les plus insupportables de l’histoire du football moderne. Et pourtant, le vibrant coup de tonnerre que frapperait le PSG en concluant une transaction encore impensable il y a quelques semaines, aurait des répercussions positives bien au-delà des frontières de la capitale.

Comme il est de rigueur avec les plus grandes étoiles mondiales, lorsque les probabilités de départ s’affirment, les passions s’affolent, la raison s’envole. Derrière Messi et Ronaldo, Neymar est une de ces étoiles qu’on peut déraisonnablement s’offrir, mais à quel prix ? Car dans ces transactions qui atteignent des sommets, tout n’est pas qu’affaire d’argent. Derrière les chiffres qui s’alignent, des nouveaux z’héros tentent – eux aussi – de profiter d’un feuilleton qui ne laisse personne insensible.

Paris aurait tout à gagner en signant un des meilleurs joueurs du monde. Une figure de proue, un pilier sportif, un bijoux marketing et surtout, l’envoi d’une missive retentissante à tout ceux qui douteraient encore de son projet. Et le club de la capitale ne serait pas le seul à sortir gagnant. Mais il se dresse face à lui, en dehors d’un obstacle financier encore effrayant, des barrières qui n’ont pas lieu d’être, transformant cet épisode excitant en feuilleton nauséabond.

Qui mène la danse ?

Mais alors qui détient la main, la clé, l’issue d’un feuilleton qui nous rend fous ? Difficile à dire. Même le premier concerné semble aussi perdu, aussi submergé, et surement un peu dépassé, par le tourbillon médiatique qui s’est enclenché. Son père, décrit comme un rapace aux côtés obscur, semble être à la baguette, à la source de tous ces rebondissements. Les quelques conditions qu’il réclame sont hallucinantes, et renforcent sans doute le caractère déraisonné de l’affaire, les réactions déraisonnables des autres.

Neymar doit sans doute savoir. Sans doute, puisque les quelques mises à jour nous feraient presque douter de l’assurance du joueur. Le PSG paraît avoir du mal, même à coups de zéros, à construire les bases d’un montage financier plus vertigineux que l’Aspire Tower de Doha. Au moins, une chose est certaine, on sait le Barça complètement dépassé. Gérard Piqué se proclame président en puissance, et communique davantage qu’une direction qui semble absorbée par les évènements. Ce flou brumeux qui entoure chaque protagoniste tend, à nouveau, à épaissir les contours d’une affaire davantage odieuse à chaque minute qui passe.

La place prise par les sponsors et les marques ont également tout boulversé. On ne se paye plus qu’un joueur, mais aussi une marque, une image et c’est ce qui rend si compliquée la transaction, si nombreuses les réactions. Paris en a besoin, Barcelone en perdrait une. Et au milieu, son père a l’occasion de s’asseoir sur le pactole d’une vie.

Passions déchaînées, épisodes insupportables

Les rebondissements sont si nombreux, qu’on pourrait presque en faire une série. Depuis une semaine, et l’apparition de cette folle rumeur, on compte une bonne dizaine de rebondissements avec, au milieu, le pronostic de tous, et, pire, des éclaireurs de lanternes qui assurent pouvoir rassurer ceux dont le palpitant lâche. Les sources n’ont jamais été aussi nombreuses, les prétendues sources aussi polluantes. Nous avions que très rarement atteint des sommets si désagréables, les limites sont toutes repoussées par la passion et le délire.

Jamais, pas même avec le transfert de Pogba l’été dernier, de pareils sommets avaient été atteints; à tel point que les réseaux sociaux constituent une part importante dans la conclusion de ce transfert. Twitter, la représentation théâtrale de cette tragi-comédie bordelique a perdu le peu de retenue qu’il lui restait encore. Et nous en sommes à nous demander si on ne ferait pas mieux de placer nos appareils en veille, avant d’allumer France 3 sur les coups de 20h30 pour se farcir Plus Belle la Vie. Le spectacle est aussi médiocre, rassurez-vous, mais l’attente est plus supportable, les commentaires plus agréables.

La presse s’affole, leurs ‘unes’ décollent, d’un côté comme de l’autre des Pyrénées. On nous parle d’un transfert « conclu à 95% » alors qu’on ne peut qualifier une pareille affaire qu’à 100%. Les gros titres se contredisent, insupportable actualité qui n’avance pas et qui, au contraire, ne cesse de reculer. Les mêmes qui avaient des infos hier, n’en ont plus aujourd’hui.

Les réactions de chacun sont alors disproportionnées, conditionnées par chaque like, chaque tweet, qui pourraient les faire disjoncter. La toute puissance de ce monde connecté fait chavirer une affaire conclue en quelques minutes. Le photo tweetée par Gérard Piqué est un modèle du genre. Débat clos, avant que nos fameux éclaireurs de lanternes crient au bluff, et le rouvrent. Jusqu’à un nouveau like, un nouveau tweet qui remettront alors les compteurs à zéro.

Moralisateurs de pacotille

Summum de l’histoire, le vrai-faux-vrai transfert de la star brésilienne nous permet – avec joie – d’avoir des leçons de morale qu’on aurait préféré ne pas avoir. Le championnat de France a l’occasion de gagner 20 ans, d’un coup. Son exposition exploserait, ses revenus également. Mais non, Jean-Michel Aulas en tête, puisqu’il le fallait bien, est quand même sorti de son silence pour critiquer le bien fondé de la transaction. Et je ne compte même pas les commentaires de ces supporters et autres consultants de PMU qui arrivent à trouver l’arrivée de Neymar peu désirable. Il va quand même falloir accepter que les 5 dernières années ont été les meilleures – et de loin – dans l’histoire de la Ligue 1. L’arrivée d’investisseurs à Lyon, à Marseille et à Lille ne sont surement pas dues au simple fruit du hasard.

Je ne cherche pas à prendre position, je m’étonne simplement de la différence de traitement de l’information, et de sa perception, quand il s’agit d’aborder les transferts pharamineux de certains joueurs dans certains clubs. Le football est ce qu’il est devenu, réussir au sommet sans argent est illusoire et utopique. Le PSG n’a d’autre choix que de faire des chèques à 12 chiffres pour y parvenir et s’attacher de pareils diamants. Mais quelle spécialité française que de cracher sur la venue d’un joueur si important dans un championnat comme le nôtre…

 

Alors qu’importe le flacon tant qu’on ait l’ivresse, me diriez-vous. Vous auriez raison. Que le PSG conclue cette affaire et peu importe ce qu’il lui en coûte. Les gagnants et les bénéficiaires de la transaction seront bien plus nombreux qu’on ne le pense, et s’en rendront compte bien plus tôt qu’ils ne le pensent. Mais surtout, que cette histoire prenne fin. Vite. Car le degré du soutenable a très largement été franchi.

 

Tom MASSON

@MassonTom1

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