Polémiques et arbitrages : entre injustices et décalages

De Santiago Bernabeu à Marcel Picot, du Camp Nou au Roudourou, les polémiques sur l’arbitrage sont aussi universelles que diversifiées, conduisant à des débats stériles, injustes, qui animent une proportion beaucoup trop grande des conférences d’après-match. S’en remettre à des erreurs de sifflet pour justifier une contre-performance est chose aisée, et déporte surtout les attentions des véritables discussions. Jusqu’à quand ?

L’arbitrage de Real Madrid – Bayern Munich, mercredi soir, a été au centre de toutes les discussions

L’immense popularité du football est créatrice de paradoxe et, encore aujourd’hui, il est compliqué de diriger le débat dans le bon sens. L’arbitrage est une donnée variable que les acteurs apprivoisent selon le sens du vent. Tantôt l’arbitrage est injuste et change le cours des matchs, tantôt les erreurs qui en découlent participent à la légende de ce sport. Au milieu de tout ça, difficile de trouver la voie de l’objectivité.

Petits nombrils et faux semblants 

Il faut dire qu’une rencontre opposant deux équipes et dont le bon déroulement est assuré par des personnes tierces est forcément suivie d’une interprétation. Chaque spectateur et téléspectateur peut-être sujet à une critique diamétralement opposée que celle de l’homme en noir. Je ne m’attarderai pas sur la Loi 5 affirmant que « Les décisions de l’arbitre sur des faits en relation avec le jeu sont sans appel, y compris la validation d’un but et le résultat du match » et encore moins sur la réelle place de « l’erreur » en football, l’idée étant davantage d’aborder toutes les polémiques stériles qui en découlent.

Car celles-ci sont ni plus ni moins à sens unique, dénuée de toute tentative de prise de recul et de réflexion. Le coach qui se plaint d’une erreur en sa défaveur après un match x, sera le premier à ne pas reconnaître une situation favorable lors d’un match y. Tout au long d’une saison, aussi bien nationale que continentale, chaque équipe doit faire face à des cas arbitraux délicats. De cet axiome, découlent deux preuves cas différents qui remettent en cause le bien fondé de ces polémiques.

La première, qu’une équipe peut, lors d’un match x, se sentir lésée par l’arbitrage, ou en tout cas sur certaines situations, oui, mais qu’il est impossible qu’elle ait à subir ce genre de mésaventures chaque week-end. Et c’est prouvé mathématiquement. A titre d’exemple, le classement (que je trouve en lui-même complètement déplacé) prenant en compte les erreurs d’arbitrage ne fait pas état d’écarts extrêmement grands entre la réalité et une réalité supposée.

Une équipe avantagée en apparence par l’arbitrage comme Lyon, ne l’est pas dans les faits (cf ce papier réalisé par l’Equipe), tout comme une équipe qui s’est sentie lésée comme Guingamp, ne l’est pas plus (cf ce papier également réalisé par l’Equipe).

La seconde, que dans l’écrasante majorité des cas, l’excuse de l’arbitrage ne fait que déporter l’attention vers des débats opposés à ceux de la performance réelle de l’équipe. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’actualité récente nous l’a encore prouvé. A commencer par le match retour entre Barcelone et le PSG. Se cacher derrière l’arbitrage est un déshonneur immense vue la performance livrée par les parisiens. Même son de cloche pour Rudi Garcia qui déclarait après un match perdu 1-4 à domicile contre Monaco que ses joueurs ont été «  victimes d’une première période sans les arbitres, le sentiment d’injustice est fort ce soir, c’est l’analyse que je fais du match. » Quel culot !

La réponse de la vidéo 

Face aux erreurs d’interprétation, parfois réelles, la mise en place de la vidéo parait être une alternative nécessaire. Son application lors du match amical entre la France et l’Espagne le 29 mars dernier en est la preuve : sa double utilisation a changé le cours d’un match qui aurait été entaché de deux erreurs, et donc de débats.

Mais là encore, les puristes bien pensants de ce sport avancent que les erreurs d’arbitrage font partie du foot, qu’un football juste serait un football sans vidéo, déroulant sans cligner de l’oeil un discours sur la moralité de la main d’Henry en 2012 ou de l’attentat de Schumacher sur Battiston en 82.

Moins d’émotions, moins de frissons, lancent les prophètes. Des débats aliénés par le recul et l’histoire, qui ne valent pas lorsque leur propre équipe finit à 10 contre une équipe du bas de tableau. Deux poids, et évidemment deux mesures. Pas étonnant que les récalcitrants à la vidéo soient si nombreux avec ce genre de raisonnement.

Toujours est-il qu’en trouvant la forme et les contours de sa mise en application, l’utilisation de la vidéo sur certaines situations de jeu mettrait fin à bon nombre de débats insupportables qui ne mènent à rien d’autre qu’à une stérilisation nette des débats et des mentalités. D’autant plus que lors de France – Espagne, les émotions ont été doublées ! But accepté, puis refusé. But refusé, puis accepté ! Et je fais partie de ceux qui préfèrent un football juste, qu’un football champagne aux 101 polémiques.

 

J’ose croire que les choses bougent en même temps que les mentalités évoluent. Peut-être naïvement, mais je l’espère. Pour avoir un jour, peut-être, ou pas, un football sans conférences de presse à deux balles après des rencontres litigieuses.

 

Tom MASSON

@MassonTom1

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